8 mars 2017

Noces, en présence de Stephan Streker, ce 8 mars au Vendôme à Bruxelles

Noces, en présence de Stephan Streker, ce 8 mars au Vendôme à Bruxelles

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Stephan Streker a tout de l'homme-caméléon: si les amateurs de football apprécient ses commentaires tous les lundis dans l'émission La Tribune sur la deuxième chaîne de la RTBF, les critiques de cinéma de l'U.C.C. (Union de la Critique de Cinéma) le comptent aussi parmi ses membres depuis de nombreuses années.


Mais, non content de cumuler ces deux activités à première vue très éloignées l'une de l'autre, Stephan Streker passe aussi de l'autre côté de la caméra en tant que réalisateur. Il a ainsi tourné son troisième long-métrage en 2016, après Michael Blanco (2004) et Le monde nous appartient (2014). 


Avec une telle polyvalence, on pourrait craindre un éparpillement qui nuirait à la qualité de ses différentes prestations. C'est tout le contraire, car ce fringant quinquagénaire passe d'une fonction à l'autre avec une aisance qui suscite l'admiration. Et cette impression se confirme avec Noces, son dernier long-métrage qui évoque le récit bouleversant d'un drame contemporain qui nous plonge en plein choc des cultures et des traditions.


C'est l'histoire de Zahira, jeune femme belgo-pakistanaise qui voit ses parents lui imposer un mariage traditionnel avec un garçon qu'elle ne connaît pas, alors qu'elle est amoureuse d'un autre jeune homme. Déchirée entre sa famille et celui qu'elle aime, incapable de faire un choix aussi douloureux que cornélien, Zahira ne parvient pas à s'opposer au poids écrasant de la tradition, tout en essayant désespérément de ne pas renoncer à son mode de vie européen et à sa liberté.


On aimerait que ce récit ne soit qu'une pure fiction; hélas il n'en est rien. Car Noces s'inspire directement d'un terrible fait divers survenu en Belgique en 2007, lorsqu'une jeune femme d'origine pakistanaise habitant Charleroi avait été tuée par son propre frère parce qu'elle avait refusé un mariage forcé. Le frère et les parents -soupçonnés d'avoir commandité ce crime “d'honneur”- avaient été condamnés par la justice belge.


Avec un tel sujet, le risque d'un traitement mancihéen pouvait être redouté. Il n'en est rien, car le réalisateur parvient à éviter les clichés, tout en restituant toute la complexité de la situation sans porter aucun jugement à l'emporte-pièce. Et la remarquable qualité de jeu des interprètes renforce l'intensité de la mise en scène.


Par ailleurs, bien au-delà du microcosme belgo-belge, c'est avant tout d'un sujet universel dont traite le film: on estime en effet que plusieurs centaines de millions de femmes à travers le monde sont concernées par ces mariages forcés! Un chiffre consternant qui fait pourtant partie de la réalité quotidienne de notre planète.


Ce mercredi 8 mars à 19h, le réalisateur sera présent au cinéma Vendôme à Ixelles pour la sortie officielle de son film dans les salles belges. Après une tournée mondiale qui l'a amené à projeter Noces dans une vingtaine de festivals (Namur, Toronto, Marrakech, Rotterdam,...) où il a glané de nombreuses récompenses, le moment est enfin venu de permettre à l'ensemble des spectateurs du plat pays de découvrir ce récit intense. Les spectateurs français, eux, ont ce privilège depuis le 22 février. En 2 semaines à peine, ce sont déjà plus de 50.000 personnes qui ont vu le film Outre-Quiévrain. Souhaitons-lui le même succès de l'autre côté de la frontière, car Stephan Streker ne s'est pas contenté de mettre en images un sujet fort qui suscite inévitablement l'intérêt: il l'a fait avec sensibilité, intelligence et une formidable direction d'acteurs.


Bref, avec talent!